Coffret cinq DVD, Albarès, coll. latine
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DVD disponible à la bibliothèque de la Cinémathèque française.
Le début des années 1950, pour Luis Buñuel, c’est l’époque de quelques-uns de ses grands films mexicains. De ce pays où il s’est installé en 1946 viennent en effet Los Olvidados (1950), bien sûr, mais aussi El (1953), Robinson Crusoé (1954) ou La Vie criminelle d’Archibald de la Cruz (1955). Dans le même laps de temps, l’oeuvre de Buñuel s’enrichit de films plus modestes, tournés dans des délais minimums avec des budgets très réduits, avec lesquels il fait ses gammes. Mélodrames ou comédies sociales, ces films mineurs, largement ignorés et a priori bien peu personnels lui offrent néanmoins l’occasion de variations sur des thématiques ou des approches qui lui sont chères : attention portée au petit peuple, ironie sur la religion, présence obsédante de la mort, etc.
Ce sont ces films rares, cinq d’entre eux en tout cas, que réunit ce coffret DVD intitulé « L’Autre Mexique », offrant ainsi des clés pour mieux comprendre et appréhender les débuts de la longue période mexicaine d’un cinéaste qui y vécut trente-sept ans et y tourna vingt films. Il est donc d’autant plus frustrant de voir ce coffret si chiche en accompagnement de ces films méconnus : en dehors d’un petit livret qui réunit trois courts textes les replaçant dans leur contexte, rien ne vient mettre en perspective ce qui se joue dans ces cinq Buñuel de second rayon, et qui n’est pourtant pas négligeable.
Du Grand Noceur (1949) au Rio de la mort (1954), Buñuel explore des genres extrêmement populaires dont il respecte scrupuleusement les codes. Que ce soit avec la comédie sociale du Grand Noceur, où un homme d’affaires est victime d’une supercherie de sa famille qui lui fait croire à sa ruine pour l’empêcher de dilapider sa fortune, ou avec le mélodrame noir Don Quintin l’amer (1951), Buñuel se fait illustrateur d’histoires sans grand relief, véhicules quelconques pour un des grands acteurs du cinéma mexicain : Fernando Soler. Il réussit pourtant à instiller sa personnalité dans les interstices de ces scénarios routiniers, notamment la fin joyeusement anticléricale du Grand Noceur (la messe de mariage interrompue par un haut-parleur…) ou la sensualité débordante de l’apprentie chanteuse de Don Quintin.
Plus personnels, La Montée au ciel (1951) et On a volé un tram (1953) ont des structures proches, puisqu’il s’agit dans les deux cas de récits à épisodes, un voyage (en bus ici, en tram là) servant de lien entre les divers personnages et situations pittoresques qui les composent. Le premier se déroule en milieu rural (le jour de son mariage, un jeune homme doit partir quérir un notaire pour rédiger le testament de sa mère), le second a pour cadre Mexico (deux employés de la compagnie de tramway sillonnent la ville au volant de leur vieux véhicule voué à la casse), et tous deux sont prétexte à un regard à la fois attendri et plein de verve sur ceux qui fréquentent ces moyens de transport brinquebalants. Futur député, travailleurs nocturnes, bigotes trimballant un christ emmailloté, filles faciles, vieux ronchon, parents se rendant à un enterrement avec le cercueil de leur fillette… Ce sont des réductions de la société mexicaine entre tradition (la cérémonie de mariage au début de La Montée au ciel) et modernité (le rythme de la ville d’On a volé un tram) que restitue Buñuel dans ce « diptyque ».
Dernier film du lot, Le Rio de la mort se distingue par sa noirceur. L’obsession de la mort y est de tous les plans, chaque assassinat appelant le suivant dans cette histoire de vengeance entre deux familles que rien ne semble pouvoir enrayer. Le très beau noir et blanc extrêmement contrasté, pas plus que les aspects documentaires sur certains éléments de la vie de la campagne mexicaine (notamment la place des cérémonies mortuaires), ne parvient toutefois à masquer la faiblesse d’un scénario sans nuances que Buñuel n’a que partiellement investi.
Lire aussi l'article écrit par Bernard Bastide, « Cinq livres pour apprendre à lire "le Buñuel" ». La Cinémathèque française a organisé une rétrospective consacrée à Luis Buñuel du 10 juin au 02 août 2009. Cette programmation a été l'occasion d'une conférence "Qui êtes-vous Luis Buñuel" (11 juin) animée par Frédéric Bonnaud et d'un dialogue avec Jean-Claude Carrière (13 juin). |
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