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Pacino/De Niro. Regards croisés

Michel Cieutat, Christian Viviani / Nouveau monde éditions , 2006

 
Ouvrage disponible à la bibliothèque de la Cinémathèque française.

En 1996, Al Pacino déclarait « Aujourd'hui encore, il arrive qu'on me félicite pour mon interprétation dans Raging Bull… » 1 1Studio Magazine, n° 107, février 1996, p. 93. . Au-delà de l'anecdote, le fondement de cette méprise n'est pas fortuit, mais est symptomatique d'un parallélisme frappant entre le parcours et la carrière de « l'athlète de l'émotion », comme se surnomme lui-même Al Pacino, et de « l'Empereur » Robert De Niro.
Michel Cieutat et Christian Viviani, dans cette édition enrichie 2 2 Nouvelle édition + DVD,  refondue et mise à jour. , offrent une lecture et un décryptage des corrélations qui jalonnent l'aventure cinématographique et personnelle de ces deux révélations du « Nouvel Hollywood ». Ils y posent leur regard admiratif, néanmoins critique, accompagnés dans leur démarche par Sydney Pollack, qui signe la préface de l’ouvrage.

Emblématiques d'un jeu de démesure, d'emphase, d'excès ou, à l'inverse, de contention, d'intériorité, de retenue, Al Pacino et Robert De Niro manifestent tous deux un souci de naturel, de vérité. Un naturel dans l'interprétation qui est le fruit d'un travail de recherche approfondi et de technique. Une vérité des personnages qu'ils choisissent d'incarner, principalement au début de leurs carrières respectives (à la fin des années 1960), dans un contexte de renouveau du cinéma américain fortement influencé par un désir de proximité avec la société, d'authenticité, et mené par une nouvelle vague de cinéastes comme Brian De Palma, Martin Scorsese ou Francis Ford Coppola.
Issus de la même génération, les deux acteurs italo-américains, originaires de quartiers populaires de New York, ont nourri très tôt une fascination pour Marlon Brando et James Dean. Ce sont, comme leurs illustres aînés, des enfants de l'Actor’s Studio, des adeptes de la « Méthode » : si Al Pacino eut pour mentor Lee Strasberg (à l'instar de James Dean), Robert De Niro fut formé par Stella Adler (tout comme Marlon Brando).
Après des débuts au théâtre, c'est véritablement en 1971 qu'Al Pacino fait ses premiers pas au cinéma dans Panique à Needle Park de Jerry Schatzberg. En 1973 vient le tour de Robert De Niro dans Mean Streets de Martin Scorsese. Mais c'est Francis Ford Coppola qui les consacre tous deux grâce à la saga du Parrain : Robert De Niro est initialement pressenti pour incarner le personnage de Michael Corleone, rôle finalement décroché par Al Pacino. Dès lors, leurs parcours ne cessent de se croiser : quand l'un décline un rôle, l'autre en hérite (Robert De Niro devint le Monroe Stahr du Dernier Nabab suite au désistement d'Al Pacino…).
Coutumiers des rôles de flics, de mafieux, de personnages ambivalents, on les retrouve souvent dans des registres thématiques similaires (la violence, l'aliénation de la ville, la solitude, l'immaturité, la folie…), alternant les compositions fulgurantes et paroxysmiques et les interprétations plus authentiques et mesurées.
S'ils reconnaissent la flamboyance de leur travail, Michel Cieutat et Christian Viviani ne font pas pour autant preuve de complaisance à l'égard d'Al Pacino et de Robert De Niro : ils concèdent volontiers des choix de films parfois douteux et quelques interprétations outrancières laissant entrevoir les ficelles de jeu.
Nouveau point de convergence, le choix des deux artistes de passer derrière la caméra, essais remarqués avec Looking for Richard pour Pacino et Il était une fois le Bronx pour De Niro.
Malgré des itinéraires semblables, des collaborateurs communs et une longue amitié, ce n'est qu'en 1995 que les deux hommes seront réunis à l'écran, dans Heat de Michael Mann. Jusqu'ici, ils n'avaient partagé qu’une seule fois l’affiche d’un film, Le Parrain – 2e partie, sans toutefois jamais se croiser dans une scène.
 
Dans cette somme remarquable, illustrée de 500 photos, les auteurs se livrent également à l'exercice de la filmographie complète et commentée des deux acteurs américains certainement les plus encensés par la critique, et qui pourtant peinèrent à « décoller » au box-office.
Notons que l'ouvrage est accompagné du DVD de Heat, l'électrisant et unique face à face entre Al Pacino et Robert De Niro.
 
 
La Cinémathèque française a organisé une rétrospective Michael Mann du 2 au 26 juillet 2009. Le cinéaste est venu en personne à la Cinémathèque française présenter son dernier film Public Enemies (le 2 juillet), et est revenu pour Heat, projection suivie d’une Leçon de cinéma (en vidéo) en sa présence (le 4 juillet).

 

Julie Le Perdriel

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