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A LIRE

Al Pacino

Entretiens avec Lawrence Grobel / Sonatine Editions , 2009

 
Ouvrage disponible à la bibliothèque de la Cinémathèque française.

Les livres d’entretiens avec des réalisateurs ou des acteurs ont en général quelque chose de définitif. Les artistes y livrent une fois pour toutes leur vision de leur travail, de leurs oeuvres, de leur démarche : quoi qu’ils aient pu dire ailleurs, c’est cette trace-là qui fera date. L’intérêt premier du livre de Lawrence Grobel consacré à Al Pacino est d’échapper à ce tropisme. Composé de neuf entretiens au long cours, réalisés entre 1979 et 2005 entre une star d’abord méfiante et un journaliste devenu peu à peu un ami proche, cet ouvrage foisonnant est une sorte de work in progress au fil duquel Pacino est invité à revenir sans cesse sur ses rôles, son travail d’acteur, ses relations avec ses metteurs en scène, sa gestion de la notoriété, etc. Au fil du temps, on voit se nuancer son regard sur Michael Corleone et Le Parrain (Francis Ford Coppola, 1972) qui firent sa gloire, on voit l’orgueil du comédien se fissurer sous les coups de la vie et des échecs, on voit surtout se complexifier son approche de son métier, notamment via son rapport avec le théâtre et Shakespeare, dont il parle avec une passion et une intensité grandissantes.
Car si de Serpico (Sidney Lumet, 1973) à Angels in America (la mini-série télé de Mike Nichols d’après la pièce de Tony Kushner, 2003), d’Un après-midi de chien (Sidney Lumet, 1975) à Scarface (Brian De Palma, 1983), en passant par Dick Tracy (Warren Beatty, 1990) ou Heat (Michael Mann, 1995), la plupart des rôles de Pacino sont évoqués ici sans faux-semblants — il ne cache pas grand-chose de ses relations compliquées avec certains metteurs en scène, de ses liens avec d’autres acteurs (Brando, Sean Penn, De Niro…), ni de son jugement sur des films qu’il trouve parfois ratés ou pas à la hauteur comme Cruising ou S1mOne —, ce n’est peut-être pas l’essentiel de ce qui se révèle dans cet ouvrage couronné à juste titre par le Syndicat Français de la Critique meilleur livre étranger sur le cinéma en 2009. Ce que Grobel parvient à faire exprimer à Pacino, au-delà de sa personnalité complexe, c’est le lien viscéral, vital, qui l’unit un peu plus à chaque rendez-vous au texte, à la scène, et au maître de Stratford-upon-Avon, bien plus qu’au cinéma. Les pages les plus passionnantes sont celles où Pacino cite et décrypte Le Marchand de Venise (qu’il a interprété à l’écran en 2004 sous la direction de Michael Radford), Le Roi Lear et surtout Richard III, dont il a offert une vision singulière et passionnante à travers sa première réalisation, Looking for Richard (1996). Si Shakespeare constitue à l’évidence l’absolu du théâtre et du jeu pour Pacino, cette fascination pour le théâtre s’affirme aussi à travers des pièces moins fameuses (notamment The Local Stigmatic de Heathcote Williams, Chinese Coffee d’Ira Lewis ou Salome d’Oscar Wilde) qu’il a interprétées sur scène et dont il a tiré (comme réalisateur ou producteur) des versions filmées, longtemps diffusées orgueilleusement, et uniquement, dans des festivals ou des lieux prestigieux avant qu’il n’accepte de les sortir, réunies, en DVD1 .
1 Coffret 4 DVD (zone 1) intitulé "Pacino : An Actor’s vision" ( avec The local stigmatic, Chinese coffee, Looking for Richard et un documentaire Babbleonnia) édité par Century Fox.
Ce qui est formidable dans cet ouvrage, c’est qu’on peut avoir des réticences sur le jeu d’un Pacino toujours à deux doigts d’en faire trop (deux doigts en dessous, ou au-dessus…) et qui s’en explique, mais qu’on ne peut pas douter un instant de sa sincérité lorsqu’il parle de son métier et de l’engagement fondamental qu’il constitue pour lui. En cela, au moins autant qu’un (auto)portrait de Pacino, c’est un livre incroyablement suggestif sur le métier d’acteur que l’on a en main.
 
 
La Cinémathèque française a organisé une rétrospective Michael Mann du 2 au 26 juillet 2009. Le cinéaste est venu en personne à la Cinémathèque française présenter son dernier film Public Enemies (le 2 juillet), et est revenu pour Heat, projection suivie d’une Leçon de cinéma (filmée) en sa présence (le 4 juillet).
 
 

Didier Roth-Bettoni

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