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Autour de Farrebique de Georges Rouquier

Dominique Auzel / Séguier , 2009

 
Ouvrage prochainement disponible à la bibliothèque de la Cinémathèque française.
 
Le premier ouvrage de Dominique Auzel consacré à Georges Rouquier date de 19931 1 Georges Rouquier, cinéaste poète et paysan, Dominique Auzel, Ed. du Rouergue, 1993. . Celui-ci est le troisième que l’auteur, professeur de cinéma à l’université de Toulouse II et éditeur, dédie à l’oeuvre trop méconnue du cinéaste de Farrebique : c’est dire si ce natif de l’Aveyron a une connaissance approfondie (sans parler d’une véritable proximité) du travail de son compatriote…
C’est sur le film le plus connu de Rouquier, Farrebique (1944), que se concentre ce petit opuscule particulièrement éclairant. Car, pour mieux cerner ce qui fait l’importance et l’originalité de ce film, Dominique Auzel a choisi de suivre à la lettre le principe de son titre : à savoir explorer les alentours de Farrebique, en partant de la biographie et du parcours de son réalisateur pour aller vers la place du monde paysan dans le cinéma français. Il donne ainsi à voir l’extrême cohérence du travail de Rouquier (et ce, malgré la disparité d’une filmographie où se côtoient, en dehors du binôme Farrebique-Biquefarre, de passionnants courts métrages de commande éducatifs et scientifiques et d’improbables longs métrages de fiction, tel ce Sang et lumière interprété par Daniel Gélin et Zsa Zsa Gabor sur lequel Dominique Auzel, à juste titre, ne s’attarde guère) et la totale singularité de ce qui restera son oeuvre majeure, saluée et admirée des deux côtés de l’Atlantique. On sait en effet que Spielberg et Coppola, à l’instar de nombreux étudiants de cinéma américains (puisque le film y est « toujours disséqué et étudié comme un modèle du genre » dans les universités), n’ont jamais caché l’importance que Farrebique a pu avoir pour eux dans son approche poétique du réel.
Nichée entre ces deux approches en plan large (Rouquier et son cinéma d’une part, les représentations du monde rural de l’autre, très éloignées dans leurs stéréotypes de ce que l’on trouve dans Farrebique) qui viennent l’éclairer, se situe une étude en plans très rapprochés de Farrebique.
Dominique Auzel y détaille tant son scénario (la succession des quatre saisons puis le retour de l’automne rythmant la vie de la ferme) que la manière dont Rouquier utilisa ses « comédiens » non professionnels, des paysans de sa famille jouant leur propre rôle (ou presque) ; tant la construction technique du film (surgissement au coeur de la chronique familiale d’images de nature scientifique, telle l’éclosion de fleurs en vitesse accélérée) que la part poétique de l’écriture de Rouquier : « La réussite de Farrebique », souligne-t-il, « est d’avoir concilié le réalisme et la poésie ou plus exactement d’avoir compris que le respect de la vérité exigeait poésie et réalisme, en excluant l’idéalisation sans fondement de la vie à la campagne, comme la pratiquent ceux qui ne connaissent pas la question et l’idéalisation qui n’est pas dupe d’elle-même, celle que nous trouvons dans L’Homme tranquille (John Ford, 1952) par exemple. La poésie est ici un moyen de connaissance. » L’auteur revient également sur les influences de Rouquier (Nanouk l’Esquimau par exemple) et sur son rapport (ou pas) avec le néoréalisme émergeant en Italie à la même époque. « Certains ont vu dans Farrebique une facture néoréaliste, » écrit ainsi Auzel. « C’est un peu simpliste et réducteur. L’inspiration est différente. Rouquier a voulu fixer une image intemporelle de la vie à la campagne. (…) Là où Rossellini s’applique à saisir une époque très précise, Rouquier, au contraire, élimine toute relation avec l’actualité. Il suffit de citer les titres des films de Rossellini pour s’en convaincre : Allemagne année zéro, Europe 51, India 57 et de souligner, à titre de comparaison, que dans Farrebique, tourné en 1945, il n’est pas question du retour des prisonniers. »
Pour rendre plus palpable encore la nature unique du film de Rouquier telle qu’analysée par cet essai très précis, Dominique Auzel et son éditeur ont eu la belle et bonne idée d’y adjoindre le fac-similé de L’Album de Farrebique, document d’époque regroupant photos et dialogues du film, achevant ainsi de faire de cet Autour de Farrebique de Georges Rouquier un livre de référence sur son objet.
 
La Cinémathèque française a rendu hommage à Georges Rouquier, du 18 au 30 novembre 2009.
Lire aussi le texte de Bernard Bastide, « Le Printemps… ça revient toujours », genèse de Farrebique de Georges Rouquier.

Didier Roth-Bettoni

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