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Georges Rouquier

Entretien avec François Porcile / Images documentaires, N° 64 , 2008

 
Revue disponible à la bibliothèque de la Cinémathèque française.
 
Fin 2008, la revue Images documentaires a consacré un numéro spécial à Georges Rouquier, anticipant ainsi l’hommage qui lui est rendu à la Cinémathèque française en 2009, année marquant à la fois le centenaire de sa naissance et le vingtième anniversaire de sa mort.
Pour l’occasion, c’est à François Porcile1 1 François Porcile a également rédigé pour la Cinémathèque française la présentation de la rétrospective Georges Rouquier. , grand connaisseur et admirateur de l’oeuvre de son ami, qu’est revenu le soin d’apporter un éclairage nouveau sur Farrebique, à travers deux documents inédits.
Le premier est constitué d’extraits d’un long entretien que Rouquier avait donné à l’auteur, entre l’automne 1984 et le printemps 1985, à raison de deux rencontres mensuelles. Le décryptage de cet entretien, pour des raisons que Porcile n’explique pas, n’avait encore jamais été exploité. Les extraits livrés ici sont centrés sur Farrebique : près de 40 ans plus tard, l’auteur du film, avec beaucoup de précision et un enthousiasme intact, fait revivre les conditions du tournage. S’adressant à un ami, mais aussi à un confrère réalisateur, Rouquier, dans une conversation libre, souvent drôle, toujours passionnante, n’est pas avare de détails techniques, notamment sur ses choix de mise en scène et de prise de vues. Porcile2 2 François Porcile a également rédigé un article pour la Cinémathèque française sur « L’Écran musical du Gaumont-Palace ». , auteur de plusieurs documentaires sur des musiciens ainsi que d’ouvrages sur la musique, oriente une partie de l’entretien sur son sujet de prédilection : le son. Rouquier raconte sa quête du son juste, précis (l’angélus qui sonne au loin, le claquement des essieux du char à bœufs sur les chemins de terre), pour Farrebique, parce que « la ligne sonore d’un film, c’est une sorte d’harmonie ». Il exprime aussi son rapport à la vérité, son exigence de crédibilité et de sens. Selon lui, si d’aucuns ont trouvé la photo du film magnifique, ce n’est pas grâce à sa valeur technique (« il y a dans le film sept marques différentes de pellicule, pour moi c’est épouvantable ! ») mais bien parce que « chaque image est chargée de sens ».
Également inédit, un dossier compilant des extraits de presse, élaboré par Porcile à partir de deux « énormes » cahiers du press-book du film que lui avait remis Rouquier, rend compte de manière synthétique de la véritable bataille critique générée par Farrebique à sa sortie. Organisé par thèmes, ce document passe en revue toutes les problématiques ayant suscité le débat, révélant ainsi que sur bien des aspects ce film rare et unique remettait tout en question. Documentaire ou fiction ? Authenticité ou tricherie ? Est-il possible, voire raisonnable, de faire un film sans acteurs professionnels ? Henri Jeanson fut le plus acharné et féroce adversaire du film, tandis que Maurice Bessy, Jean George Auriol, Marcel Carné, André Bazin, pour ne citer qu’eux, le défendirent avec ferveur, conscients du renouveau qu’il annonçait. Les propos des uns et des autres en disent autant sur le film que sur la critique cinématographique de la France de l’après-guerre. Bazin apporte la conclusion de ce dossier avec panache : « Un critique cinématographique, sans doute trop distingué, se plaint dans son papier d’avoir vu les vaches bouser, la pluie tomber, les moutons bêler, les paysans patoiser, de quoi, dit-il, vous dégoûter de la campagne. De quoi vous dégoûter des critiques de cinéma. » (Conquêtes, avril 1947).
Le numéro est complété par la reproduction d’un texte de Porcile sur Le Tonnelier, Le Charron et Le Chaudronnier (extrait de son ouvrage Défense du court métrage français, paru en 1965), et de la critique de Biquefarre par Alain Bergala, parue dans les Cahiers du cinéma d’avril 1984.
 
 
La Cinémathèque française a rendu hommage à Georges Rouquier du 18 au 30 novembre 2009.
Lire aussi le texte de Bernard Bastide, « Le Printemps… ça revient toujours ! », genèse de Farrebique de Georges Rouquier.

Laurence Lécuyer

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